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Je me souviens, et le récent décès de José Artur m’a encore ramené à lui, Bernard Lenoir avait l’habitude de nous parler du meilleur groupe du monde. Pied de nez au système établi, au mainstream, façon quasi poétique de mettre de la lumière sur un groupe qui en manquait, et qui pouvait finir malheureusement dans les oubliettes de la musique, même indé, grossissant les rangs des losers magnifiques. Je me souviens de son dévolu jeté de façon chronologique sur Swell, sur Calexico et de The National.

Alors je sais pas qui Bernard proposerait maintenant, mais si j’étais lui, si j’avais un once de talent et de nez du bonhomme, je pense que je proposerais The Dodos. Car si des groupes comme Animal Collective par exemple récolte des fruits d’arbres qu’ils sont semés, The Dodos devrait être un verger bien supérieur, au moins équivalent.

Après « Visiter », après « Time to Die » les revoici avec »Individ », première claque monstrueusement belle et épique de ce début d’année. Le dialogue entre Meric Long et Logan Kroeber nous amène dans quelque chose de totalement féérique, sans jamais prendre la baguette magique des feus et des artifices de la maroquinerie sonore. « Individ » est un disque joyeusement mélancolique, une suite de titres qui rebondissent, fulminent, se perdent sans jamais oublier le but premier, rejoindre des oreilles amies.

Car « Individ » est un disque difficile fait aussi pour des oreilles plus faciles. La discographie de The Dodos est d’ailleurs tout entière orientée vers cet objectif, de façon consciente ou non, seuls eux le savent. Réussir un titre comme « Retriever », rendre audible cette rencontre improbable, tient tout à la fois du machiavélisme que de la poésie, une poésie instinctive chez eux, tant nous sentons que ces morceaux sont des fruits ne nécessitant pas la réflexion des arbres qui les portent. Non chez The Dodos les mélodies n’est pas l’engrais obligatoire pour présenter un produit vendable. Chez eux la mélodie est un axiome, et tout ce qui ira se greffer autour, des effets de la respiration elle même naturelle. On ne comprend pas toujours la construction, on ne décèle rien dans le mécanisme (drôle de mot pour une telle musique !) mais on se laisse embarquer dans cette exploration épique, une façon de voir la musique comme la façon la plus simple peut être d’accepter qu’un jour elle nous porte de l’autre côté.

« Individ » est un disque fort, qui se termine par un bruit qui serait insupportable si nous ne connaissions pas son origine, le bruit de la vie quand elle explose. The Dodos est donc le meilleur groupe du monde, un cathédrale sans prosélytisme aucun, un dogme sans règle, une vision presque enfantine et primaire de faire une musique sophistiquée et émouvante.




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