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Il était une fontaine de marbre, au centre d’une clairière, à laquelle j’aime tremper mon corps, seul. Son eau pure gargouille tranquillement, faisant la joie d’une biche au pelage blanc, venue s’abreuver à la vasque. Ses grands yeux noirs sondent la surface tandis que sa langue lape la fraîcheur par à-coups réguliers. Je reste accroupi derrière mon arbre, les mains posées sur son écorce, prenant garde à ne pas remuer, de peur d’effrayer l’animal. Sous ses pattes fragiles bourdonnent une myriade d’insectes fiévreux dont les mouvements épileptiques semblent guider par la peur de l’immobile. La dame blanche ne semble pas s’en inquiéter et continue de boire tout en battant de la queue, à la manière d’un balancier. Une brise légère se lève et vient chatouiller mes cheveux, je ferme mes paupières et songe à une main de femme, posée sur mon front. Une sensation de soulèvement me saisit tout entier, faisant crépiter le sang dans mes veines. Chacun de mes membres semble ne faire qu’un avec la flore environnante, je m’enivre de cet instant sacré. Lorsque je rouvre mes yeux, la biche a disparu. J’avance tranquillement vers la fontaine, puis je noie mon regard dans les reflets d’ivoire que l’animal a purifié.

The Gamble possède cette grâce involontaire propre aux êtres délicats ; une grâce discrète qui s’immisce avec douceur dans les oreilles de ceux qui voudront bien se laisser habiter. Les morceaux déploient leurs mélodies avec une homogénéité particulière, ce qui donne à l’album une consistance unique, monolithique, presque. Mais ici, nous avons affaire à un monolithe subtil et vaporeux dont la forme changeante hante les esprits d’une exquise manière, un peu comme cette brise qui vient éveiller songes et souvenirs, au moment opportun.




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