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Il est rare de rencontrer des labels dont on reconnaît la patte, l’identité sonore dès les premières secondes de l’écoute de l’une de leurs productions. Il en est ainsi avec le label Le Saule, ce beau collectif qui parvient à mêler un folk dandy et littéraire et des élements provenant des musiques du monde.

On se rappellera des belles choses de Jean-Daniel Botta (Ammi-Majus Grand Goûter) ou Léonore Boulanger (Square Ouh La La) déjà chroniquées sur ADA.

C’est donc avec plaisir que nous retrouvons June et Jim, alias Marion Cousin et Borja Flames avec "Noche Primera", leur deuxième album après l’excellent "Les Forts".

C’est un Folk habité par le refus des frontières que nous retrouvons, un folk surréaliste de bric et de broc, fait de collages hétéroclites dont sort une sensualité étrange et langoureuse à l’image de la pochette déroutante de l’album.

Au centre de l’image, perce de la terre un arbre horloge qui semble se jouer de l’espace et du temps à l’image de la musique du duo. Pas de limite temporelle ni d’école musicale mais la volonté ludique de faire se confronter des univers musicaux que l’on ne pensait pas pouvoir s’accorder ensemble.

Pour exemple et démonstration, "3 nouvelles", les pieds d’un côté sur le continent africain, de l’autre en Amérique Latine... Les pieds bien campés dans les racines, la tête tournée vers l’horizon...

Que de richesses instrumentales dans "Hermanos" avec sa trompette et sa clarinette.

Nous sommes sous la tente magique avec le chaman à se laisser porter par la transe rythmique de "Rio Ojo".

Nous les voyons ces formes ancestrales à la fois intimidantes et accueillantes. Elles nous portent par la voix de Borja Flames, elles nous rappellent que nous faisons partie d’un tout qui a eu un commencement et qui aura une fin.

"Chacun sa place aux enfers, silencio Amor, agneau de Dieu, heureux pêcheur" nous murmure June et Jim dans une belle langue savante dans "Semaine Sainte".

Le Bonheur calme et serein est là, à nous menacer de sa plénitude dans ces lignes musicales et fortes.

L’utilisation de la langue espagnole n’a pas une visée à couleur locale ou d’exotisme mais d’explorer un peu plus encore l’étrangeté des sens, du sensuel qui jongle avec les esprits dans un baiser paradoxal.

Nous retournerons souvent à cette nuit première comme un retour à la terre, comme un retour au primitif dans ce qu’il a de plus authentique en nous, comme un retour au rythme de la transe hypnotique et ancestrale.

"Malheur au sentier qui se retourne pour dévisager le passant.

Malheur au ressac qui se déroule pour entériner le suivant.

Malheur à la pierre qui ricoche et ne touchera pas le fond.

Malheur à la bête qui se regarde et se voit semblable à l’enfant".

http://www.juneetjim.com




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