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Quand on vous parle de protest-singer, de chanson engagée ou militante, vous partez en courant... Au pire, vous pensez au gaguesque "Misèreuhhhh Misèreuhhhh" de Coluche, au mieux à Bob Dylan... Pour vous, cela a quelque chose de daté, qui renvoie au pas meilleur des années 70... Pourtant en ces temps troubles où tous les chemins mènent aux Roms, où Abstention, désintérêt pour la chose politique et une attirance pour des idées nauséabondes déjà autrefois éprouvées se mélangent dans un mariage hasardeux, il est nécessaire dans l’art de réoccuper une place dans la société et la ville...

En ces temps où les humoristes (pour la plus grand part) désertent ce terrain glissant et ne tiennent plus leur rôle de bouffon du Roi,on ne peut laisser cette place aux seuls intellectuels qui n’occupent pas l’espace du populaire. C’est donc à la Pop d’endosser de costume.

En ces temps de stigmatisation de l’autre, ou trop noir, ou trop chômeur, ou trop différent, il ait des chansons nécessaires, indispensables et salutaires. Il ait des chansons comme des gifles que l’on donne pour permettre à l’autre de se ressaisir. "Un Bon Français" sur le quatrième album, "Beauté Pour Tous", de La Maison Tellier est de ceux-là...

Vous avez parfois ressenti une honte indicible en entendant parler de pains au chocolat volés ou de non assimilation possible d’une certaine frange de population... Vous avez vu ces images de cadavres qui viennent s’échouer à Lampedusa. Les images des attaques chimiques en Syrie hantent encore votre regard... Vous avez parfois subi un malaise à entendre des propos toujours plus douteux de la part du monde politique...

"Un Bon Français" viendra vous laver de tous ces parasites qui s’accrochent à votre peau. Il vous rendra fier de savoir que dans notre hexagone en quête d’identité, il existe encore des artistes pour oser... Oser nous mettre face à nos réalités, face à nos pensées égotistes que l’on ne peut clairement affirmer, face à nos égoïsmes partagés... Cette chanson vous lavera de vos péchers comme une rédemption inespérée.

Une telle chanson ne doit pas faire oublier toute la cohérence, toute la maîtrise de cet album qui décidément porte bien son nom. La Maison Tellier nous propose de partir pour une quête d’un ailleurs mais de ces ailleurs accessibles, un Far West de bocage...

L’aventure commencera au coin du feu avant la montée au sommet de la vieille montante grondante avec "Sur Un Volcan", avec les retrouvailles avec l’intensité du sentiment de se sentir pleinement vivant au bord du cratère.

Vous penserez parfois à un autre grand album sorti il y a peu, celui de Verone, "La Percée" chroniqué en ces pages par mes soins... "La fortune, l’honneur, les femmes" poursuit cette cavalcade vers d’autres territoires avec cette batterie comme l’affirmation d’un combat mille fois renouvelé...Quel travail sur les chœurs et les cuivres, comme Calexico qui aurait poser ses instruments quelque part en Normandie du côté de Rouen. La Maison Tellier, vous l’écouterez aussi pour ses textes, comme "Prison d’Eden"avec "ces remords qui deviennent des orchidées", un des grands titres de cet album...

Avec "Exposition Universelle", prenez place dans la machine à remonter le temps cher à M. Wells et balladez vous en 1900 dans cet hommage au progrès qui rendra l’homme supérieur... Prenez place dans la grande roue et laissez vous envahir par le vertige... Oubliez les échos à venir de cette guerre qui gronde...Retournez à la folie de ces années-là et enivrez-vous à en perdre la raison...

Vous tuerez vos pères, prendrez leurs places pour enfin ne faire qu’un , un unique accompli dans "La Maison De Nos Pères". Vous parviendrez enfin à soutenir leurs regards, à affirmer votre envie d’en découdre, d’occuper l’espace, de montrer votre colère d’homme. Vous sentirez la présence légère de l’Ennio Morricone de "Il Etait Une Fois En Amerique" dans la conclusion superbe d’émotions débordantes.

Partons en bateau avec "L.O.V.E.B.O.A.T" et naviguons dans une mer sereine d’été avec ses boucles blondes à mille lieux du premier port. Vous ferez des pas de côté, des entrechats entre l’abime et le sublime à mille lieux du premier phare.

"A Rebours" fait le constat tranquille de la mort de tous nos rêves d’enfant, de notre joie de vivre le réel, d’être un acteur de nos vies au futur à composer les yeux grand ouverts.

"Les Beaux Quartiers", c’est comme la réponse aux "Quartiers de peine" de Dominique A quand le ton se durcit sur "Petit Lapin" incisif.

"Mauvais Coton" éteint la mèche comme le souffle sur une bougie, nous plonge dans l’obscurité de nos souvenirs.

"Beauté Pour Tous" est un grand grand album intègre qui assume ses ambitions et les sublime... Ce quatrième album devrait enfin permettre à la Maison Tellier de tenir la place qu’ils méritent et ce depuis déjà longtemps avec cette musique voyageuse qui se gausse des influences et de la frilosité, avec cette musique populaire au sens noble du terme, cette musique qui participe à la vie de la cité et qui prend le droit de nous mettre face à un miroir dérangeant...

Vous pouvez poursuivre la découverte de "Beauté Pour Tous" sur Ada avec l’interview titre par titre que Raoul Tellier m’a accordé il y a peu

http://www.lamaisontellier.fr/




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