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Et l’homme inventa la machine. Conscient de sa situation de dominant il décida de boire des cocktails sur des plages ensoleillées, laissant la production à des esclaves ou à des machines, et laissa aux nouveaux chiens de garde le rôle de défenseur de cette position dominante. Et un jour la machine pris sa liberté, s’émancipa de l’homme, sans que celui ci eu conscience de cela, lui au cerveau baignant dans les Margarita ingurgitées. La machine réalisa certes le travail, mais c’était le sien, et l’homme lui soutiendra le contraire, face aux moutons bêlant endormis par les chiens de garde de la production dominante. Une main en l’air et l’autre appuyant sur un bouton qu’il ne fait qu’accompagner car la machine est alors autonome, l’homme vend un rêve qui n’est pas le sien. Le problème alors c’est que cette émancipation est aussi la fin de la culture, car la machine est tout sauf cultivée. Elle n’est pas vraiment une lectrice de la pléiade, on pourrait même dire qu’elle s’en cogne, et c’est là que le romantisme de son émancipation à ses limites. Alors arriva Angus et le trio des Liars. Tel un R2D2 face à Chewbacca, la machine qui ne s’amusait presque plus à prendre le contrôle de la création musicale mondiale, elle a su rapidement qu’elle devait la fermer et se laisser guider par une dictature punk et poétique. Il y eu « WIXIW » qui était un versant terrifiant et planant de la nouvelle direction musicale du groupe. Si le disque tournera en boucle, il aura aussi la fâcheuse tendance à nous enfoncer avec lui dans les errements de nos cerveaux, quand ceux ci finissent par prendre conscience de leur statut presque passif face à la prise de pouvoir des chiens de garde. « WIXIW » était à la fois une pierre un nouvel édifice des Liars. Car « Mess » est une tour babylonienne posée sur cette pierre, ce presque socle, une tour qui tourne, quitte son axe pour tout culbuter sur son passage, montant le plus haut possible, car « Mess » est une messe électro punk qui ne demandera rien à personne, mais viendra pour offrir au monde sa dose de pulsions. Sur « Mess », les Liars reprennent les recettes de « They Threw Us All In a Trench and Stuck a Monument on Top », mais change les ingrédients et les ustensiles de cuisine, mais dans le fond le trio retrouve la fougue séminale, sans perdre cette touche arty et déjantée qui me fait dire avec la puissance d’un caniche de garde, que c’est le meilleur groupe du monde. Avec « Mess » les machines ont un mot à dire, mais il est écrit au mur. Le texte est imposée à la virgule prêt, et les chaines qui semblent l’emprisonnées ne sont pas prêtes à s’enlever.

Des les premiers mesures de « Mask Maker » nous pressentons que les Liars font une suite à leur avant dernier album, mais on comprend que si le noir de la pochette est remplacé par des fils de couleurs ce n’est pas innocent. Le trio a troqué la presque morgue, l’effroi de « WIXIW » pour une mixture dansante. Cette danse n’aura pas lien avec celle sur laquelle la frange des danseurs bas du front du samedi soir, ceux ci ne retrouveront pas le clinquant cache misère des productions qu’ils affectionnent. Non « Mess » est une offrande au corps, mais celui ci devra avoir le pas lourd, le geste emphatique (Vox Tunes D.E.D.), comme si le disque était fait pour amuser les zombies sociabilisés d’un épisode sous acide Walking Dead. « I »M No Gold » transposera un Aphex Twin qui telle une balle en caoutchouc, aura le privilège de se prendre des pains et des baignes qui mettront des étoiles autour de sa tête. Viendra le temps du pilonnage en règle, ce « Pro Anti Anti » qui avance de son pas lourd et puissant à la vitesse d’un coureurs jamaïcain sous amphétamines. L’écoute de ce titre va entrainer des dommages graves dans les têtes. Avec « Can’t Hear Well » c’est une fausse pause qui nous est offerte. Nos oreilles souffrent de ce son qui fait office de tronçonneuse sur nos tympans déjà bien meurtris. Arrive alors le tube, la danse presque morbide et folle de « Mess On a Mission ». Vous lâcher dorénavant complètement prise, Angus et sa troupe prennent possession de vous, les Liars sont alors des geôliers d’une prison qu’ils confectionnent pour mieux nous explorer. Car c’est une véritable étude qui est faite ici. De l’anthropologie sous le thème de la musique, la communication par la musique. Ils nous font entrer dans quelque chose de moins direct, mais donc d’encore plus insidieux. « Darkslide » est presque un morceau d’électro hard, le rythme augmentant, mettant notre cœur dans le rouge, notre corps n’étant déjà plus à nous. C’est d’ailleurs un cœur qui semble ouvrir « Boyzone » et celui ci a finalement choisi la désynchronisation, devenu qu’il est, le point central d’une danse tout aussi tribale que sectaire, regardez vous vous n’êtes plus là, vous êtes socialement mort. Radiohead peut alors remballer sa quincaillerie, surtout après l’écoute de « Dress Walker » qui sait ce qu’est un rouage, une mécanique, une pièce digne de l’horlogerie Suisse. « Perpetual Village » finira de nous achever, de nous amener les bras tombants vers l’Autel.

Liars confirme que c’est probablement le groupe le plus intéressant actuellement, une machine frondeuse qui ne connaît ni les cartes ni les territoires que nous retrouvons dans les manuels, faisant comme bon lui semble, pour la vitalité de l’ensemble, et pour notre survie à tous. Monumental.