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Album minimaliste et ample à la fois, douloureux, plein d’une tristesse infini et d’un amour tout autant grand, Carrie & Lowell est la merveille de l’année 2015. Un folk simple et épuré, inspiré.

Il a cet air de jeune éternel mais Sufjan Stevens a 39 ans. Il a perdu sa mère, décédée d’un cancer. Elle était aussi malade, schizophrène, alcoolique, dépressive. Il l’a peu connue. Mais c’était sa mère. "L’amour est inconditionnel et incompréhensible", dt-il. Et c’est avec son beau-père qu’il a créé son label Asthmatic Kitty Records. Sufjan Stevens tient à sa famille. C’est un artiste. Il sort un disque pour parler de ceux qu’il aime. Des temps heureux, comme sur la photo qui illustre de l’album. Même s’il n’y en a pas eu beauocup.

Depuis le début de sa carrière, après son premier album The Sun Came en 2000, Sufjan Stevens s’est lancé de nombreux défis : réaliser un album par état des Etats-Unis (ce qui a donné Michigan et Illinois), des coffrets de Noël, une symphonie (The BQE), un disque de folk chrétienne (Seven Swans), surprend son public avec l’utilisation du vocoder qui transforme sa voix. Sur son chemin allant de la folk à l’électro-pop, il perd quelques fans. Pas grave. Ils reviendront.

Sufjan Stevens cherche, invente, creuse des sillons, s’entête. Il surprend. Il multiplie les collaborations. Les spectateurs heureux du festival Day Off en 2012, à Paris, se souviennent de la magnifique soirée du 7 juillet. Aux côtés de Bryce Dessner (The National) à la guitare, Nico Muhly au piano, au célesta et aux claviers, et James McAlister à la batterie, il chante une série de morceaux inspirés de la galaxie. A l’annonce de sa tournée européenne, Internet s’est enflammé. Les concerts sont complets aussitôt les places en vente. Sufjan Stevens est rare. Il est précieux.

Dans Carrie & Lowell, Sufjan Stevens, mystique, se délivre de ses angoisses et de ses émotions. On pourrait penser que c’est "nunuche" (j’emploie ce terme car il a été utilisé à propos de l’album par un ami), or c’est très difficile de se livrer. Et c’est très courageux de créer un album intime, sans artifice, dans lequel on parle de sa mère morte. Les onze morceaux ont été enregistrés dans son studio, à son domicile. Des morceaux qui sont liés par le souvenir et le besoin de raconter une histoire familiale. Fourth of July est le morceau le plus emblématique de l’album puisqu’il revient sur le jour de la mort de sa mère. We’re all gonna die, chante-t-il tout simplement.