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Il ya des rencontres artistiques qui font que vous pouvez finir junkie, alcoolique, drogué oisif, jardinier d’intérieur ou pire trader ou commissaire aux comptes. Un disque, un film, un livre, une exposition, le corps d’une jeune femme rapprochant la ligne d’horizon d’un coucher de soleil en pleine représentation, tout est fait pour vous influencer dans votre vie, dans votre façon de vous habiller ou d’écrire, dans vos habitudes alimentaires (Franck Black écoutait il Carlos ?) ou dans votre façon de composer.

Grounders n’était pas à la base le groupe à pouvoir remuer l’intérieur la tête d’autrui. Groupe de troisième division en passe de jouer les barrages pour la montée en ligue deux, Grounders se laissait guider par ses désirs de ne pas se mettre sur des rails, quitte à dérailler, à ne composer que pour le plaisir de déconstruire, ne pas jouer dans le même circuit que les autres, quitte à ce que personne ne regarde ses boucles.

Et puis comme le héros du Livre de Dante dans le roman de Will Self, Grounders firent la connaissance d’un livre qui allait devenir l’alpha et l’oméga de cet album. Ce livre « Catching the Big Fish », son auteur, David Lynch, le génial cinéaste qui dans la même journée peut engendrer une crise familiale suite à l’interprétation de « Inland Empire », une crise d’identité quand on le découvre sur une estrade avec le chef d’un groupuscule nazi autrichien, et une crise de rire quand on se décide de regarde Twin Peaks en version française (expérience à déconseiller à un ancien général de l’armée soviétique). En plus d’une filmographie remarquable, d’une discographie émérite et étonnante, le « gourou » à la coiffure impeccable fait dans la méditation transcendantale, faisant de celle ci le moteur de la machine créative.

Les membres de Grounders se sont donc imprégnés de cette pensée ? Méthodologie ? pour ce LP, et cela se sent. Appelé par la grâce divine (allons y dans la surcharge religieuse) entrant dans son être (allons y dans la surcharge psychologique) le groupe signe un disque à la vapeur hallucinatoire, un grand disque pop hybride, à écouter assis ou allongé, sous peine de tomber de se cogner et de se retrouver dans un labyrinthe tels que ceux du maître Lynch. Ce disque ramassé en moins de 40 minutes ne laissent pas une seconde de repos, le temps doit être bonifié, chargé, car il passe, donc profitons en. Ces bouffés de psychédélismes fricotent avec le Krautrock. Les ombres telles que celle de Broadcast (« Secret Friend » est à s’y méprendre) jalonnent un disque dans lequel toutes les aspirations, les influences resurgissent avec un sens du patchwork mathématique que ne dénigrerait pas Lynch. Et pour un groupe qui jusqu’alors fuyait le confort, des tubes comme « Bloor St. & Pressure » ou « Face Blind » pourraient bien lui faire avouer que succès ne rime pas obligatoirement avec conformisme.

L’image des poussins colorés enfermés dans une cage est une image ancienne représentant le groupe avant, avant que le sécateur Lynch libère tout ce petit monde, ici pour le meilleur. Car ce disque de Grounders est à l’image de ce qui a pu arriver à Mercury Rev avec « Deserter’s songs » ou aux Flaming Lips, l’écriture d’un disque monstre (« Vyvanse » est comme un lien évident entre ces trois destinées) dans lequel l’auditeur continuera à se perdre des années après, en souhaitant que le groupe un jour sorte de celui ci, car en étant rentré autant dans son moi le plus profond, on fini peut être par ne plus savoir communiquer autrement que par transcendance. Un disque monstre.




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