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Nous pensions BBH farouchement encré dans la sphère électronique, s’en allant même tutoyer une certaine idée de la pop française élégamment prônée par les parrains Chamfort et Daho. Le voici de retour (alors que Big Bang / Humain, son véritable premier album, gravite encore dans nos esprits) avec un disque… folk… en anglais. Au-delà de la surprise initiale provoquée par ce brusque changement de registre, l’auditeur perçoit plus intimement encore la véritable nature du compositeur : caméléon en quête d’expériences enrichissantes, artiste fonctionnant à l’envie, opposé à l’acquis et au petit mètre (maître ?) carré reproductible à l’infini. Quelque part, Miles Away envoie bouler les frileux et les autarciques, les personnalités non grata se contentant du chemin univoque. Contre l’absence de courage, contre tout refus de remise en question, BBH ne résonne qu’au feeling (l’intégrité du musicien ne faisait certes aucun doute, mais il est bon de le rappeler).

Miles Away, album folk ? Oui, mais vraiment pas dans le sens traditionnel du terme. BBH, guère le genre à écrire des minauderies pseudo poétiques, sur un tabouret, à la guitare acoustique, en cinq minutes chrono. Loin des complaintes rachitiques (et chiantissimes) que nous oblige souvent à subir la terrible chansoooon françaiiiiiise (que ce soit dans la langue de Shakespeare comme dans celle de Marivaux), Alex se situerait dorénavant au carrefour de l’Americana et d’une pop subtilement orchestrale telle que pratiquée jadis par le Bowie de Hunky Dory (l’ombre du premier Day One ressurgit également à nos oreilles). Titres courts, ultra mélodiques, souvent enjoués (pour la ballade lacrymale, allez voir ailleurs et restez-y), ces treize nouveaux morceaux convoquent un alliage ombre / lumière digne de Paul Westerberg et de R.E.M. Un intitulé résume parfaitement le parti-pris général : « Desperately Happy » (non, ce n’est pas un hommage à Björk et à l’ancien « Violently Happy »). À savoir, toujours façon Stipe & Buck, la nécessité d’enrober l’inquiétude lexicale d’un voile sonore épanoui, limite guilleret, jamais complaisant. Le message n’en ressort que plus fort. Et le disque, plus intemporel encore.