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Isarien d’adoption, Picard de naissance, Beauvais restait pour moi la ville de la Cathédrale et de deux ou trois matchs de foot quand je rêvais de devenir un rentier du sport qui s’appelle le ballon aux pieds. Donc direction Beauvais, sa petite portion d’autoroute avec une voiture en sens inverse (encore un gras qui ne supporte pas les modes et qui veut se démarquer) et après 80 bornes arrivés à L’Ouvre-Boite, salle de concert de l’ASCA, petit complexe qui compte un cinéma Agnes Varda, et rien que pour cela le lieu mérite le respect. Après avoir tué le temps sur Beauvais et mangé une pizza dans l’un des rares lieux lumineux du quartier Argentine, il était temps de se rendre à la salle, non sans que ma fille sourie en voyant Talisco manger avant le concert dans la cantine et sa belle baie vitrée.

Ma fille, 7 ans, Dr-Matens rouges aux pieds, est la raison première de notre venue. Nous sommes invités par le label, à la demande de ma petite guitariste en herbe, qui fera du premier album de Talisco, le recordman des écoutes dans notre voiture ou à la maison. La raison première, car si j’apprécie le groupe, les quelques captations de concert pour des télé ou des radios ne m’avaient pas convaincu, me demandant si l’album n’était pas au final trop produit pour masquer certaines faiblesses. Mais emballé par le nouveau single, je répondais aux sirènes de ma petite rockeuse en herbe.

Dans une salle surchauffée, non pas par l’assistance, mais par le chauffage nous nous postons juste devant la scène, au pied du micro, l’occasion de poser ses affaires, de discuter tranquillement en sirotant une bière. Arrive alors la première partie. Le groupe Aloha Orchestra avec Yan Barthès aux claviers guitares, à moins que ce ne soit qu’une ressemblance. La débauche de matériel est impressionnante , et on se demande même si les 5 membres du groupe n’ont pas loué un semi-remorque pour acheminer l’ensemble du matériel du Havre. Caractéristique d’une bonne partie de la musique actuelle, le groupe parvient à capter via des gimmicks, en réalisant un patchwork efficace. Ce que nous ne gagnons pas en plaisir de la composition, nous le gagnons en énergie. Comme un MGMT qui aurait quitté les fêtes paganises pour les orgies sonores bestiales (mélanger Mogwaï à Bentley Rythm Ace et Fatboy Slim c’est possible, ils le font) le groupe aux commandes duquel un chanteur épatant et jovial nous fait bondir et taper des mains....enfin quand celles-ci ne sont pas occupées à .....filmer..... Aparté sur la globalité du concert, et sur les concerts à l’heure actuelle. Raz le bol des téléphones comme unique voisinage, certains sur votre épaule, d’autres comme périscopes d’une marée humaine hypnotisée, non pas par la musique, mais par la volonté de la capter pour la stocker sur un disque dur, ou balancer sur YouTube pour une trentaine de vues sur un compte qui ne décollera jamais. Tristesse contemporaine qui se veut dans le présent sans le vivre pour mieux le fixer pour un avenir déjà obstruer d’un présent non vécu (l’alcool nuit gravement à la santé, la philosophie de milieu de nuit aussi (o : ). Groupe avant tout de scène si j’en juge par ce premier EP qui parait bien timide quand on le compare au rendu sur scène, Aloha Orchestra parait armé pour transformer les scènes françaises et étrangères en d’immenses salles de jeu hédonistes, inspirées, un creuset dans lequel des myriades de références feront la nouba sans que l’une d’elles tire la ficelle, ce qui est bien pour un patchwork.

Bref, après une petite dizaine de morceaux, les Aloha Orchestra quittent la scène et un public conquis, car là où il y a de l’énergie il y a de l’espoir, et l’espoir nous en manquons, et moi encore plus au moment ou je perçois la stupéfaction d’une rombière locale effarée de voir un petit bout de choux de 7 ans (enfin pour elle 6) dans un concert rock, ne voyant pas que la rockeuse en herbe est équipée d’un casque hermétique et impeccable pour pouvoir sortir en famille pour des concerts de musique amplifiée. J’étais à deux doigts de lui demander si sa confiance absorbante allait tenir le coup, mais de la savoir mariée à un type incapable de suivre le concert autrement que derrière l’écran de son appareil photo me faisait dire que sa croix était suffisamment dure à porter pour ne pas rajouter une démonstration en lui collant le casque sur les oreilles.

Les choses sérieuses pouvaient commençer. Lumére éteinte et vrombissement annonçant l’entrée du groupe et aussi le nouveau single, « A Kiss from LA », éclaireur d’un deuxième album attendu pour début 2017. Efficace sans être tape-à-l’oeil, ce nouveau single claque comme une intro tout à la fois crâneuse et tendue, créant la première surprise pour moi, le groupe est super en place (les cartons comme « The Keys », l’imparable « You Wish », la terreuse et solide "Sorrow" et ma préférée « Follow Me » seront magnifiées en live ; une prouesse). Thomas Pirot (croisé chez Nelson) et le local de l’étape, le batteur Gauthier Vexarld (Isarien de naissance), n’auront de cesse que d’appuyer avec bonheur et maestria Jérôme Amandi au chant et à la guitare. Chez Jérôme Amandi on perçoit cette envie irrépressible de toucher de la corde sensible qui anime les bluesmen et folkmen qui connaissent ces nuits sans nuages dans les grandes plaines américaines. Car c’est peut-être tout le paradoxe charmant de Talisco. Un amour de la musique américaine, quand celle-ci raconte des histoires d’extra terrestre, de lien, d’amour dans le désert. Mais cette amour de choses proches presque à l’os est en balance avec le gout qu’a le groupe (car nous pouvons le dire Talisco est maintenant un groupe) pour les hymnes, dans ce que le mot a le plus beau, réunir des gens grâce à une musique, sans tomber dans les facilités putassières. Et en cela nous serons gâtés ce soir, car non content de nous offrir des hymnes de "Run" le groupe offre et livre sans filet une bonne partie du prochain disque. Et si on excepte un titre qui semble un ersatz ralenti d’un titre de run, l’ensemble est à la fois cohérent et aux combines jubilatoires, fonctionnant dés la première écoute, sans que pour autant que la facilité pointe son nez. Riche des escapades américaines, Talisco s’est enrichi de sonorités anciennes pour s’inventer un répertoire nouveau sans renier ce qui a fait sa force.

La jubilation de ma fille, apprentie guitariste et spécialiste affirmée en rythmique, peut en témoigner, cette rencontre musicale est un succès. Talisco semble pouvoir passer le cap toujours difficile du deuxième album, et surtout celui de la scène, endroit où le groupe bluff, tant les hymnes sont ici exécutés sans les dénaturées ou les jouer avec le talent d’un fonctionnaire qui remplirait ses fiches d’État civil comme on respire, avec maestria, mais sans piment. La générosité du groupe, qui sans filet nous offre une demi-douzaine de titres du prochain album (générosité qui a ses limites quand un ".....je cherche les mots" piquera les paroles des nouveaux titres, posées là comme une sèche ....) sera récompensée par le retour positif d’un public qui de peur de ne pas connaitre certains codes d’un concert rock, reste dans une forme de passivité (meilleure soit dit en passant que le filmage" intempestif) atténuée par un enthousiasme obligatoire face à des nouveaux morceaux laissant présager un second disque qui pourrait transformer l’essai déjà concluant de Run.

Talisco se confirme comme l’une des valeurs sures du rock d’ici, un groupe qui sait à la fois charmer avec la facilité d’un gimmick aguicheur, et partager en la travestissant, une culture qui va beaucoup plus loin que celle proposée par une musique lettrée qui si elle ne se travestit pas, fait le tapin sur les trottoirs où les libidineux mortifères aiment à tremper l’encre. Décidément après Run, Talisco semble avoir encore plus d’avance. À suivre absolument pour nous, trop cool pour la rockeuse en herbe.

Merci au label Roy Music et à Maxime Lecerf

Vous pouvez retrouver d’autres photos du concert ici :

https://www.facebook.com/rockandlive/photos/?tab=album&album_id=1810162295869516

merci à Rock and Live de sa confiance (croiser un type qui aura donc croisé plusieurs fois Bowie, Bowie qui aura chanté une chanson que pour lui, nous fera un souvenir commun assez ....drôle (o ;)