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  • 28 décembre 2019 /
    Gerald de Oliveira
    “Mon Bilan 2019”

    rédigé par gdo
    2 votes
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Passage obligé de la gestion d’un webzine, faire sa liste de disques de l’année. Pour cette année pas de classement juste 15 disques sur lesquels il me sera impossible de ne pas retourner encore et encore les années à avenir. 15 propositions à découvrir absolument.

Nick Cave and the Bad Seeds « Ghosteen »

Ce disque est la démonstration violente, que du désespoir, du chagrin de la cruauté de la vie, naissent souvent des œuvres irradiantes de beauté. Nick Cave transforme sa souffrance en quelque chose qui touche à l’éternité, une façon de transcender et de jouer un tour pendable à la mort. Magistral

Katerine « Confessions »

Derrière l’histrion, derrière le fantasque timide qui rebondit sur les contradictions, derrière celui qui choque sa maman quand il parle de sexe (et ici, il en sera beaucoup question) se cache un décodeur cinglant de notre monde doublé d’un compositeur, arrangeur touche-à-tout qui sait marier ses mondes multiples pour en créer un toujours plus grand, toujours plus haut, toujours plus fort et surtout toujours plus étonnant.

l’Argousier « le vent sous ses pieds »

Poétique à souhait ‘(« Le Long du Rivage » est un petit précis d’écriture qui pourrait donner de belle suée à l’ensemble des poètes auto proclamés de la blogosphère) « Le Vent sous Ses Pieds » est une proposition épatante de dialogue entre deux musiciennes qui font Zou ou Lalala, mais qui offrent avant tout l’une des plus belles propositions musicales, celle de Sophie et Lulu qui écrivent pour notre plus grand bonheur une passerelle splendide pour que nous nous parlions. L’art du dialogue. Époustouflant.

Gina Été « Oak Tree »

Soyons direct, « Oak Tree » est un chef d’œuvre pop, une merveille qui s’annonçait déjà avec « Mauern » titre qui nous rappelait le Radiohead de OK Computer sans jamais le copier. Gina Eté, musicienne au champ des possibles très ouvert, construit des pièces pop qui tout en piochant dans le patrimoine mondial allant du groupe de Thom Yorke ou Portishead entre autres, se distingue en échafaudant un univers remarquable, sans frontière, sans langue affiliée (« Appart Vide » donne à la chanson française un coup de pied salvateur pour qui en aurait marre du ronflement local.).

Centredumonde « Tigre, avec états d’âme »

Eh oui, sans doute à la surprise de son créateur, « Tigre, avec états d’âme », recèle plusieurs « tubes » en puissance (Aussi lent que le Mexique, On ne vieillira pas ensemble, A tes yeux endormis). Alors bien sûr pas pour postuler à la chanson d’été sponsorisée par une marque de soda mais plutôt pour celles et ceux qui ont pris en pleine poire la déferlante poétique d’un Bashung et qui aiment se trémousser sur une piste de danse en fermant les yeux cherchant une certaine transe afin d’oublier sa vie monotone et indigente.

Pour tout cela je dis merci à Centredumonde de faire qu’une certaine idée de la « chanson française » ne soit pas encore morte.

Poupard « Nous avons joué tous les deux"

Poupard ne rigole pas. Le duo par contre joue de la séduction de façon évidente et mordante, ne se cachant pas quand on l’attend pour mieux nous prendre par surprise, et c’est toute la beauté de ce disque monumental dans tout ce qu’il porte en lui. En vingt-cinq minutes il nous terrasse, inquiétant nos possibles contradictions, dérangeant nos à priori probables, nous subjuguant par sa radicalité.

Il est impossible de passer à côté de Poupard, il est la clé de notre propre enfermement, une violence pour nos certitudes, une boule de bowling dans nos incertitudes en miettes, il est le disque que nous n’aurions jamais dû écouter pour notre tranquillité, mais il est apparu, et l’inquiétude qu’il nous procure est comparable à une poésie guerrière mais libératrice. Attention à ce que vous allez écouter et entendre, c’est un trés grand et beau disque malade.

Imagho « Soleil »

Là où la musique d’Imagho pouvait jusqu’à présent devoir passer par un filtre chez l’auditeur pour être pleinement appréciée, « Soleil » est un uppercut de beauté (terrassé par la fragilité solaire de "Chaque Saison") , mais sans violence, un coup au cœur, et le phrasé subtilement posé n’est pas nom plus étranger à cette réussite (je l’imagine aisément poser ses mots comme un maquettiste posera une pièce minuscule sur un bateau gigantesque). « Secréte » est de ce point de vue un morceau terrassant de beauté, un morceau violant pour mon épiderme.

En 9 titres, Imagho fait plus que de redonner vie à un projet avorté (une reconstruction comme il est écrit dans le digipack), il s’offre une nouvelle vie pendant laquelle il aura le pouvoir de ne jamais oublier qu’en signant un titre comme « Paradis Perdu » il fait plus que de la musique, il entre dans une famille rare celle des poètes des mots et du son. Un disque brulant d’une passion quasi divine. Merci Jean-Louis.

Kim Gordon « No Home Record »

Nous mersurions de plus en plus le manque causé par la perte de Sonic Youth, le vide laissé par cette séparation, les projets solos de comblant jamais celui ci. C’est chez la daronne du groupe, Madame Kim Gordon que nous trouverons enfin de quoi nous rassasier. Kim Gordon signe un disque à la fraicheur incroyable, un véritable coup de talon aiguille sur la face écrasée au sol des suiveurs soniciens. Quand une statue de la musique que nous aimons érige un monument.

La Féline « Vie future »

Restait a conjuguer de la même manière le verbe que le solfège, ces compositions lumineuses et copieuses, puis soudainement coupantes et dangereuses, se sont appuyées sur la sagesse de la pensée, de es mots simples qui jonchent nos questions, qui sont la vrai fortune, de ces mots simples qui sont nos quotidiens de regards a travers les buées de fenêtres, depuis nos intérieurs, depuis nos terres entières intimes, Agnès, philosophe symphonique Agnès, toi qui cite Fever ray comme futur et Jeannette (moi qui suis moitié espagnol te comprends parfaitement) comme passé, sans trouver le sens de l’aller ni celui du retour, offre un espoir quasi liquide a nos démons, une explication certes personnelle (et on l’aime ainsi) a ce qui nous fit et ce que nous fumes, d’une voix exquise, d’un art limpide, dans un travail plus profond que ces sillons, dans un travail beau comme la grande question, tout cela, après toi, ne sera plus douloureux, ne seras plus aussi terrible, on aura ton disque pour panser, on aura ton disque pour penser. Agnès, notre éclaireur, notre avancée dans le brouillard, nous saurons a présent reconnaitre les larmes dans la pluie, a contre jour des néons, a contre mort des oraisons, sans la pesanteur mais sans gravité, avec le plaisir d’un sacré talent pour émotionner et un bel art pour nous traverser, nous faire sentir moins répliquant, plus humains, merci.

Les Blousons « Biknits »

Sept titres (n’oublions pas le dionysaque « Chabada » idéal pour secouer le berceau de bébé quand il ne veut pas s’endormir après le biberon et que nous nous remettons à allé rechercher du ciment sous les plaines), sept pierres d’un édifice construit sans aucune norme sismique, avec l’envie d’entrer dans la matrice de ce que l’on appelait naguère LE ROCK’n ROLL. Drogue puissante.

Zalfa « Fi Dam »

Elle, qui touche souvent les expatriés est plus que prégnante sur « Law Ma » qui cache derrière des trouvailles d’arrangement de Marc Codsi (son compagnon) l’évidence d’un lien qui en se resserrant sur un poignet ne voulant pas le lâcher, provoque des blessures (que dire de « Further Now » chanson que nous écouterons des centaines de fois quand la marche s’imposera à nous, celle-ci rythmant parfaitement les mouvements du corps). Au final, nous pourrions parler d’hédonisme en parlant de ce disque, un hédonisme feutré, mais tout autant communicatif (en écoutant « Taa » tout est dit) d’une chaleur qui nous fait souvent défaut, d’une ouverture d’esprit (de frontière) qui ne peut que faire réfléchir en dansant pour piétiner nos pauvres certitudes.

Zalfa nous offre un rêve, vous connaissez un plus beau cadeau ?

Baptiste W. Hamon « Soleil, Soleil Bleu »

Au cœur du disque, l’enchainement de J’aimerais tant que tu reviennes et de Comme on est bien, laissent s’épancher une mélancolie infinie, portée par des cœurs et des arrangements sublimes, s’imposant au panthéon des morceaux vers lesquels nous nous précipiterons encore longtemps pour, (comme nous le conseillait Christophe Honoré dans Dans Paris en 2006), prendre soin de notre tristesse et accueillir nos jours de chiale :

(…) Juste elle pleurait, comme un Boudha, une divinité du genre. Et c’est impossible pour les autres d’admettre qu’on puisse pleurer de cette manière là, avec ce sourire (…).

Car c’est cela peut-être, cet équilibre insensé d’émotions qui se distillent en nous au fil des écoutes de Soleil, Soleil Bleu qui fait que, celui-ci fait, fera, surement pour les années à venir, un peu partie de nous.

Garden With Lips « Pelissandre »

Avec Pelissandre, judicieusement épaulé de Centredumonde aux guitares et de Gisèle Pape au chant, Garden With Lips signe un album homogène, abouti et mature. Avec sa boîte à rythme minimaliste, sa voix de baryton (entre un Jean-Louis Murat en moins précieux et un Gérard Manset en moins fragile), sa poésie délicate et pudique, et ses lignes de guitare dont les racines seraient plus à chercher du côté de Neil Young, Gildas s’est bâti un univers propre qui lui fait miroiter un rôle primordial dans le renouveau perpétuel de la chanson francophone, aux côté de ses compagnons d’arme Centredumonde et Arnaud Le Gouëfflec avec qui il partage le même label. Et tant d’autres choses d’ailleurs.

Bruit Noir « II/III »

Pascal admet ses faiblesses devant le départ potentiel de sa femme, et souhaite uniquement le bonheur. « Si t’es heureuse, alors ça ira » - poursuivit par un « pour toi » répété en s’essoufflant, comme un doute sur sa capacité à suivre. C’est cet échange intime du « pour toi » et du « pour moi » qui se poursuit au long du morceau, où Pascal observe son propre décrépissement, reconnaît le drame du couple, et enfin espère avoir le courage absolu : « Le courage de Deleuze. Celui de Romain Gary. », l’euthanasie « Pour toi, pour toi » comme simplification de la fin d’un couple. Comme acceptation de sa fin à soi.

J’espère alors : si cet album est celui du dégoût (de soi, des autres, de la politique, de la beauté perdue), peut-être le prochain sera celui de l’amour, qui est peut-être bien la seule manière de ne pas être tout à fait une imposture.

Fun Fun Funeral « Everything is OK »

Entre souffle de vie incomparable, mélancolie offerte dans des parcelles minutieusement décorées, explosion définitive de la notion même d’ennui, cet album de Fun Fun Funeral est un disque aux images multiples, aux sensations positives, un très grand disque pour une palme en or.




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