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Il y a Antoine, musicien machiniste et compositeur. Il y a Gilles, son beau collier de perles de la liberté, lui qui écrit, qui jardine, qui enseigne le yoga, le sanskrit, la vie. Antoine pourrait être synonyme de modernité, quand Gilles pourrait être l’expérience, la sagesse de celui qui a connu la terreur, donnant à ceux qui n’avaient rien pour qu’ils deviennent quelqu’un, pour qu’ils parlent, qu’ils échangent…qu’ils vivent.

Antoine se sert de l’électronique pour voyager grâce aux sons, Gilles lui a choisi de donner à ses voyages le droit d’inonder ses yeux et sa mémoire

Cette poésie n’est pas celle des crapoteux qui vapotent. Une poésie tellement contemporaine, tellement proche de ce que nous vivons, tellement en vie, tellement loin des marbres usées d’une poésie figée dans les obscurs objet de nos désirs adolescents, tellement loin de la morne académique des fantômes atones sous la poussière des certitudes mortifères des professeurs aux regards figés.

Entre eux deux un dialogue s’installe, la musique suivant les désespérances, les rages, les espoirs du poète, le poète lui faisant danser les mots, sans arabesques, sans les closes de styles lénifiantes et martiales de l’amicale grouillante des poètes autoproclamés. Gilles est comme un Georges Hyvernaud revenant du monde, des mondes.

Erudites et rendant gourmand, ces pièces musicales, ces histoires d’humanité, ces contes modernes nous prennent aux tripes, donnant un relief étonnant à ce face à face entre le berceau de la démocratie, entre l’instant T de sa création et la vision parfois apocalyptique et sans concession de ce que nous avons fait d’elle. Jamais bavard, ces poèmes sont magnifiés par des sonorités toujours justes, soulignant les mots, nous plongeant dans une forme de gravité, jouant le rôle du metteur en scène à la dextérité d’un horloger de haute précision, arrivant à nous mettre dans un état quasi épileptique.

Schvedranne, c’est un constat sans concession de notre époque, de son urbanisme malade et désastreux, de son humanisme perdue dans la toile de la sauvagerie. La voix semble sortir d’un film en noir et blanc, la voix off d’un film dont l’acteur principal pourrait être la vapeur d’un train qui semble immobile. Pourtant cette voix est celle d’un voyage perpétuel. Une voix qui nous amène les mots, les images, les odeurs, parfois dans une urgence étonnante, parvenant à symboliser ce monde qui semble de plus en plus petit, de plus en plus serré, de plus en plus ramassé.

Le monde est dans ce disque, par les sons, par les mots, par la grandeur d’âme de ces deux voyageurs qui réalisent avec « Athènes ? » un calligramme dessiné par des estampes musicales aux odeurs lointaines, par des épîtres pleines de sagesse et d’amour et de violence. A vous maintenant de le porter.




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