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Aussi simple que ça, le papier et la plume, rien d’autre, sinon l’aventure des mots soutirées par des sons, là, d’un jet, d’un trait, partir sans équipage a l’écoute d’un disque, partir sans billet, écrire et décrire au premier reflet, a la première étincelle, sans penser sinon s’étouffer de son tel Gargantua affamé des ouïes, envieux des mélodies, juste dévorer sans digérer, vous parler d’eux a l’instant, juste au moment que la flamme touche l’essence.

Si peu de fois, si peu de moments, si peu de choses sont tant intenses comme cette porte qui s’ouvre comme plaie. Il y a si peu de choses qui me fassent virevolter, sursauter, me bousculent, que le premier son a était une reddition, une forteresse abandonnée a la voix de Tom Smith, un empire dédié corps et âme aux éditeurs d’émotions. Vrai, impossible de le nier, je n’ai trouvé aucune tache sur les nappes posées et remplies de ces mets délicats, je n’ai su trouver de froissures sur ces costumes noirs. Si peu de fois, si peu de moments, la perfection que je désire se trouve a portée de main, a portée de sens, aux bordures de ma peau, entrelacée jusque dans les coutures des oripeaux de fêtes, si peu de fois je pleure pour une note, si peu de fois je m’élève si haut, et il a suffit d’un son, d’un murmure comme un cris. Editors m’a pris tout petit, a l’âge où tout semble devoir se détruire et se refaire (je mentirais toujours sur mon âge, ainsi la mort se trompera a mon sujet), dans une pièce derrière la grande scène où toute fin est un début, bien au-dessus des White Lies, National, épaules a épaules d’Interpol les grands, Editors est une machine a sensations sismiques, a hymnes de plomb et or, qui fait chaine sur moi, qui fait clous, me fige dans un monde où seul j’entre, où je ferme a clef derrière moi, où je n’invite personne sinon ces douloureux absents, a moi, rien qu’a moi, et a tout mon monde interne. Il y a si peu de choses qui s’affilent comme l’âme et donnent du plaisir a traverser, pénétrer, et casser la lame dans la chair, a deux sons du cœur, a deux notes de l’aorte, force le nœud a la gorge sur la marche impériale, cette écrasante et puissante marche qui donne des chairs de poules a loups et cafards. Si peu de fois le son parfait au moment idéal n’arrive à se détacher de mes yeux, tant de fois j’ai attendu l’alignement des astres pour enfin écouter un groupe d’une seule entité, d’une seule parole, d’un seul tir. Il y a si peu de puissance qui soit jouissance, si peu de force qui soient art, mais il y a des tremblements a chaque sonorité, glissant sur la production d’un dieu, sur le produit d’archanges, il y a si peu de moments si diaboliques dans nos paradis. L’oreille fondue oublie les espaces vides, et les peuple de résidus de sentiments, de regrets et remords acides, de souvenirs et nostalgies graves, l’oreille redéfinie les définitions de beautés et de saletés, la poisse se fait air, l’air devient boue, l’or brule et le papier pèse, et dans des effluves de vieux loups (M.L.Gore entre autre), le monde retourne son épiderme et dévoile des maux beaux et des Edens cruels. Si peu de fois, de si rares moments, ce bonheur d’avouer que tout est parfait, du un au 10, que ce monde est celui que désire vicieusement nos vies, que cette atmosphère de lumières dans le néant est le moteur de nos avionnettes sans ciel, que le mouvement des doigts, énergique et imperceptible, est le fruit des amours du noir et du gris, de cette envie de bouger les meubles, frapper certaines parois, gueuler d’une finesse inouïe. Si peu de fois, de si rares instants, le bonheur se fait palpable comme un cercle de son, et propage des rages et des baisers, allant bien au-delà des tentatives électriques du passé, au-delà des essais atomiques qui jaugeaient le poids du monde, Editors trouvent sur les tendons et les veines le chemin de l’excellence, partagent détresses et soleils, sèment des traits de lueurs, éclatent et jouissent, se découvrent enfin au bords de toutes les abysses, aux orées des cieux, et rendent hommage a la grandeur de l’art, et font révérence au banal. Si peu de fois je suis resté assis d’un bout a l’autre d’une jouissance, si peu de fois j’ai fixé mon regard sur un vide, si peu de fois je suis parti de moi, si peu de fois la liberté fut mienne, que revenir là, quand le son de la première écoute s’est tu, en essayant de prolonger encore plus loin le plaisir d’avoir était ailleurs durant dix arraches-tripes, que revenir là, ne m’a plus paru humain, qu’il m’a fallu repartir dans mes rêves.

Merci, merci pour régénérer la passion, d’une braise, un feu.




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